1S. C1.3. Dissolution des composés ioniques et moléculaires

Les élèves doivent savoir
  • Recueillir et exploiter des informations sur les applications de la structure de certaines molécules (super absorbants, tensioactifs, alginates, etc.).
  • Prévoir si un solvant est polaire.
  • Écrire l’équation de la réaction associée à la dissolution dans l’eau d’un solide ionique.
  • Savoir qu’une solution est électriquement neutre.
  • Élaborer et réaliser un protocole de préparation d’une solution ionique de concentration donnée en ions.
  • Mettre en œuvre un protocole pour extraire une espèce chimique d’un solvant.

Mise en situation

Au cours de nos expériences de chimie nous avons vu que certaines substances pouvaient être solubles dans certains solvants ou que certaines molécules étaient plus solubles dans certains solvants que dans d’autres. D’où vient ce comportement en fonction des solvants ?

De la même façon que dans le chapitre précédent, nous allons voir l’importance des interactions de Van der Waals et des ponts hydrogène dans le comportement des solutions aqueuses. Nous allons essayer de comprendre comment se passe la dissolution d’un composé ionique dissout dans l’eau, mais également essayer d’expliquer les comportements étranges des polymères super-absorbants que l’on trouve dans les couches pour bébé, des alginates, qui sont de plus en plus utilisés pour la « cuisine moléculaire » moderne ou encore des composés tensioactifs que l’on trouve dans de très nombreux produits de la vie courante : cosmétiques, savons, lessives et même produits alimentaires.

Solvants polaires ou apolaires

Nous avons vu précédemment qu’une solution est le résultat de la dissolution d’un soluté dans un solvant. Toute solution est globalement électriquement neutre.

Une solution peut être le résultat de la dissolution d’un composé moléculaire, comme un sucre ou une autre molécule, ou de la dissolution d’un composé ionique, comme le sel. Dans ce second cas on parlera de solution ionique, mais la présence de particules, les ions, électriquement chargés, ne change pas le fait que l’ensemble de la solution est électriquement neutre.

Pourquoi peut-on dissoudre certaines substances dans certains solvants et d’autres pas ou moins bien ?

Gardons d’abord à l’esprit que le solvant est l’espèce majoritaire de la solution, et que si le solvant est l’eau (le solvant le plus courant, autant dans nos vies quotidiennes qu’en chimie), on parlera de solutions aqueuses.

Les propriétés du solvant vont dépendre de la géométrie de la molécule et des atomes qu’il contient. Deux catégories de solvant pourront dès lors êtres distinguées : les solvants polaires et les solvants apolaires.

Un solvant polaire doit posséder :

  • Des liaisons polarisées, c’est à dire des liaisons covalentes entre deux atomes qui ont une différence importante d’électronégativité (voir le chapitre précédent) induisant la création de charges partielles (q) de part et d’autre de cette liaison.
  • Et la position moyenne de ces charges partielles ne doit pas être confondue.

Prenons l’exemple comparé de la molécule d’eau et de celle de dioxyde de carbone :

  • Dans la molécule d’eau (H2O), l’électronégativité des atomes d’hydrogène et de l’atome d’oxygène est très différente. O (3,44) > H (2,2) . Il s’en suit que la molécule possède une charge partielle négative au niveau de l’atome d’oxygène et une charge partielle positive au niveau des atomes d’hydrogène. La molécule étant coudée, la moyenne des charges positives n’est pas confondue avec la moyenne des charges négatives et cette molécule va se comporter comme un dipôle (négatif du côté de l’atome d’oxygène et positif du côté des atomes d’hydrogène)
  • Dans la molécule de dioxyde de carbone (CO2), il y a également une différence d’électronégativité entre les atomes d’oxygène et l’atome de carbone car O (3,44) C (2,6). Mais comme la molécule est linéaire et que les deux atomes d’oxygène sont situés de part et d’autre de l’atome de carbone, la moyenne des charges positives et négatives est confondue. Le dioxyde de carbone est donc apolaire. Ceci dit, vu qu’il ne peut pas se présenter à l’état liquide à la pression atmosphérique normale, son utilité comme solvant est de toute façon très réduite !

Pour savoir si un solvant est polaire ou apolaire, il faut donc connaitre la forme de la molécule et étudier la répartition des charges partielles relevant de la différence d’électronégativité entre les atomes.

Note : Dans les logiciels de modélisation moléculaires, il est parfois possible d’afficher la « surface électrostatique » des molécules dans laquelle apparaît très clairement la présence de charges partielles moyennes sous la forme d’une coloration rouge du côté négatif, bleu du côté positif et vert pour les parties de molécules qui ne sont pas chargées.

Ainsi l’éthanol possède deux liaisons fortement polarisées : C-O et O-H au niveau de la fonction alcool. La molécule étant coudée à ce niveau, la moyenne des charges n’est pas confondue et la molécule est donc polaire avec des charges partielles bien visibles sur sa surface électrostatique (ci-dessus). On dit que l’éthanol est donc un solvant polaire (comme l’eau).

En revanche, le cyclohexane ne possède que des liaisons C-H et C-C, très peu polarisées. Comme tous les solvants dont les molécules ne contiennent que des atomes de carbone et d’hydrogène, c’est un solvant apolaire.

Interactions moléculaires dans un solvant : Dissolution de composés moléculaires

Les espèces de même nature se « marient » bien entre elles. En conséquence, les molécules polaires sont plus solubles dans les solvants polaires que dans des solvants apolaires.

En effet, les molécules polaires vont réaliser facilement des liaisons de Van der Waals entre les molécules du solvant et du soluté et parfois même des liaisons hydrogène (voir chapitre précédent) lorsque c’est possible.

Ces liaisons hydrogène expliquent la forte solubilité du sucre (saccharose ou glucose) dans l’eau, car les sucres sont des solides moléculaires polaires qui vont se lier aux molécules d’eau de cette façon.

Ce sont également les formations de liaison hydrogène qui expliquent les propriétés des polymères super absorbants comme les polyacrylates présents dans les couches pour bébé. Ces macromolécules (très grandes molécules formées par la répétition d’un même motif élémentaire. On les nomme aussi polymères), forment un réseau en trois dimension dans lequel de très nombreux ponts hydrogène (liaison hydrogène) vont se former avec les molécules d’eau. Ces molécules d’eau seront alors « piégés » dans l’enchevêtrement du polymère et ne pourront plus se déplacer librement, formant ainsi un « gel ».

On utilise aussi ces polymères pour la formation de neige artificielle ou encore la croissance des végétaux dans des milieux difficiles, car le « gel » formé limite fortement l’évaporation de l’eau.

Les alginates, dont le nom provient de leur présence naturelle dans les algues brunes dont elles peuvent être extraites, sont des cousins de l’agar agar (également extrait d’une algue). On les utilise en cuisine pour fabriquer des « gels » alimentaires, très prisés en « cuisine moléculaire » par des cuisiniers avant-gardistes. Ils sont également des additifs largement utilisés dans l’industrie comme épaississant, gélifiant, émulsifiant ou stabilisant, que ce soit dans l’alimentation (crèmes dessert par exemple), la fabrication de cosmétiques ou d’encres d’imprimerie.

L’alginate de propane-1,2-diol (ci-dessous), connue sous le code E405, est utilisée pour stabiliser les mousses de bières ou pour fabriquer des microcapsules d’aliments gélifiés.

Photo : Un exemple de microcapsule  de thé au miel réalisé avec de l’alginate de sodium et du chlorure de calcium (Photo libre de droit (c) Tim Brauhn sur Flickr)

Les tensioactifs sont une autre famille de molécule dont les propriétés sont liées à la polarité. Ces molécules ont des chaines longues et ont la particularité d’avoir une partie polaire, et donc hydrophile, et une partie apolaire, et donc hydrophobe :

 

Dissout dans l’eau, un tensioactif va donc avoir sa tête hydrophile qui va se lier avec le solvant alors que sa partie hydrophobe va le « fuir », créant ainsi un film à la surface de l’eau (très visible avec un savon, qui est un tensioactif). Au contact d’un composé apolaire présent dans l’eau, comme l’huile, le tensioactif va se lier à l’huile avec sa partie hydrophobe (apolaire) et former une couche autour d’une goutte d’huile, permettant à celle-ci de se « déplacer » dans l’eau : on obtient alors un émulsion.

Les tensioactifs sont utilisés comme émulsifiants mais aussi comme détergents en piégeant les graisses (apolaires) qui sont alors facile à rincer à l’eau (polaire).

Une molécule apolaire est généralement plus soluble dans un solvant apolaire que dans un solvant polaire.

Cette propriété permet donc , par exemple, d’extraire un composé apolaire (comme le diiode), qui serait dilué dans de l’eau (polaire), en utilisant un solvant apolaire comme le cycohexane (apolaire).

Dissolution d’un composé ionique

Lorsqu’un solide ionique, comme du sel de table (chlorure de sodium, NaCl), est placé dans un solvant polaire, sa dissolution va se faire en trois temps :

L’attraction des pôles des molécules de solvants va d’abord dissocier les ions positifs et négatifs du solide ionique. Cette dissociation est accéléré par les mouvements des molécules dans le liquide. Les ions positifs seront attirés par le pôle négatif des molécules d’eau et les ions négatifs par les pôles positifs.

Une fois détachée du solide, les ions vont se retrouvés entouré de molécules d’eau qui sont attirés par les forces de Van der Waals. C’est la solvatation (ou hydratation dans le cas où le solvant est de l’eau).

Enfin les ions vont se disperser dans le solvant sous l’effet de l’agitation thermique des molécules à l’état liquide.

Les solides ioniques sont donc facilement solubles dans les solvants polaires.

La solution ainsi obtenue contient autant d’ions positifs que d’ions négatifs et est donc électriquement neutre. L’équation de la réaction de dissolution doit donc respecter à la fois la conservation de la matière (et donc des éléments chimiques) mais aussi la conservation de la charge (puisqu’un solide ionique est électriquement neutre comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent).

Exemple : dissolution du sulfate de sodium (Na2SO4)

 

On constate bien dans cet exemple la conservation des éléments chimiques et des charges.

Concentration en ions d’une solution

Comment déterminer la quantité d’ions présents dans une solution ionique ?

Nous avons vu que la concentration molaire d’une solution pouvait s’exprimer avec la relation :

Par exemple : Une masse de 5,0 g de sulfate de sodium (Na2SO4) est dissoute dans 250 mL d’eau. La masse molaire du sulfate de sodium est de 142,04 g.mol-1. Quelle est la concentration molaire de la solution ?

Cette concentration n’est évidemment valable que si le solide ionique s’est entièrement dissout. Dans les calculs il faut donc éventuellement vérifier si la solution est saturée !

Il peut être intéressant de savoir quelle est la quantité de matière de chaque espèce ionique en solution après une dissolution d’un solide ionique.

La concentration molaire d’un ion sera notée avec la formule de cet ion placé entre crochet : [Xion] et calculée avec la même relation que précédemment. (Xion est la formule chimique de l’ion.

Pour déterminer la quantité de matière de chaque ion présent en solution à partir de la quantité de matière du solide ionique dissout, on peut simplement utiliser un tableau d’avancement :

On peut alors en déduire la concentration molaire des ions présents en solution :

Pour l’ion  sulfate :  

Pour l’ion sodium : 

Exemple : On veut préparer 500 mL d’une solution de concentration 0,50 mol.L-1 en ion sodium. Quelle masse de sulfate de sodium doit-on utiliser ?

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